Il existe une colline que tous les hongrois et autres habitants de Budapest connaissent. Gellérthegy, ou la colline de Gellért. Il existe une colline que tous les hongrois et autres habitants de Budapest connaissent. Gellérthegy, ou la colline de Gellért. Buda, qui est la partie à l'ouest du Danube, est plus résidentielle, la végétation y est plus présente et surtout le terrain est vallonné. Sur Gellérthegy, les gens vont promener leur chien, faire leur footing, ou visiter la statue de la liberté hongroise qui domine toute la ville. Certains s'aiment le soir venu avec une bouteille de Bikavér à flanc de falaise, Féri bàcsi y organise ses entraînements de judo estivaux, ne vous étonnez donc pas si vous voyez de jeunes gens faire des pompes, se grimper dessus et grimper les escaliers avant de les descendre tout aussi rapidement, ceci fait partie de la remise en forme hongroise. Vous pourrez aussi apprendre les danses traditionnelles carpatiennes au son d'un violon au filosofiai kért et si la vie moderne vous stresse, il reste toujours les bains thermaux Gellért au pied de la colline. La nuit venue, quand le gardien ne regarde pas, il parait qu'on peut même escalader la grille pour se prélasser dans la piscine extérieure. Cette colline offre un magnifique point de vue sur le "Szabadsàg hid", le pont de la Liberté construit par les russes à la libération du joug nazi (avant qu'eux-mêmes décident de rester en Hongrie). Mais à mon humble avis, c'est depuis ce même pont qu'on peut au mieux voir la colline Gellért. D'ailleurs pourquoi ce nom? Qui était ce Gellért? La légende que l'on m'a raconté est que Gellért était venu pour évangéliser les hongrois, pour les convertir ces payens à la foi catholique. Non-contents d'entendre dire ce qu'ils doivent penser, les magyars ont pris ce Gellért en froid, l'ont traîné en haut de la colline pour l'enfouir dans un tonneau de vin avec la ferme intention de le faire redescendre. De peur de ne pas le blesser assez, les hongrois ont jugé bon d'enfoncer des clous dans la paroi du tonneau avant de le lancer. Aujourd'hui la Hongrie est catholique et on retrouve une statue en hommage à ce clerc sur la colline qui porte son nom. Paix soit faite à son âme. Aujourd'hui c'est Orbàn, bien au chaud dans le chateau de Buda, qui dit quoi penser aux hongrois. Pendant plusieurs années, après avoir traversé le pont de la Liberté je me suis retrouvé quotidiennement au pied de cette colline, attendant qu'un feu tricolore passe au vert pour m'élancer moi et ma bicyclette vers d'autres cieux. Je ne sais combien de temps il m'a fallu pour m'en rendre compte mais il y a taillé dans le roc de la falaise, deux renfoncements. Dans chacun d'eux se trouve un graffiti grisâtre qui représente, selon moi, un alien ou alors un être féerique. L'alien c'était ma première pensée, maintenant je penche davantage pour un être venu du passé qui n'a rien à faire dans notre monde. Ce personnage que vous pouvez voir dans l'image ci-contre est morne, il ne sourit guère et il manque de couleur, de joie. Ce graffiti, vous le retrouverez dans de nombreuses rues de Budapest, dans des bars, sous forme d'autocollants, peint à la bombe, dessiné au stylo ou avec du papier-peint collé sur un mur. Si vous vous aventurez en vélo en direction de Szentendre, ou Romaipart vous passerez devant un mur dédié aux arts rupestres modernes. Et s'il n'est pas trop tard, ou si personne ne lui a manqué de respect, vous verrez une autre représentation de ce petit être. Étalé sur 1m50 de haut pour au moins 6m de long, en s'étant éloigné de la ville, il a repris des couleurs et de par sa taille, il nous est possible à nous humains de lire ses pensées, de voir plus profond dans son âme. Ce qu'on peut y voir? Des collines, une forêt, des yeux rêveurs et une phrase: "Forget the City", "Oublie la Ville". Le lendemain de cette découverte, je repassais devant la triste représentation de ce petit être au pied de la colline Gellért et comprenais sa grisaille. Et ainsi de suite, jour après jour, nous nous sommes dis bonjour, parfois j'oubliais de le saluer, trop occupé à griller le feu rouge pour arriver en temps et en heure dans mon bureau devant mon ordi. Puis un matin de printemps, alors que je voulais m'excuser de ne pas l'avoir salué depuis plusieurs mois, je me suis arrêté au feu vert pour prendre le temps de le voir. Quelle n'a pas été ma surprise quand j'ai vu qu'il avait disparu. La cavité dans laquelle il se cachait, avait elle aussi disparu. Circonspect, j'ai traversé la route et me suis approché du pan de mur où, dans mes souvenirs, se trouvaient ce petit être. Les beaux jours étant revenus, la végétation a repris ses droits et une plante grimpante s'est dressée devant notre ami, le cachant de la ville derrière un rideau végétal. Ainsi il avait trouvé le moyen de s'échapper, de retrouver la nature. Aujourd'hui en 2017, j'ai pu assister par trois fois à ce spectacle d'un petit elfe disparaissant recréant un havre de paix végétal. Petit être, je vais prochainement m'aventurer dans une ville où le vert tente de se refaire une place. Je penserai à toi régulièrement, et vous qui lisez ces lignes, quand vous passerez à Budapest, allez donc au pied de la colline Gellért pour saluer ce graffiti qui n'oublie pas d'où il vient.
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